VIRGINITÉ

بواسطة | 25 يونيو 2018 | مقالات | 1 تعليق

Submergé par une sérénité profonde et inexplicable, je songeais aux perspectives favorables pour renouer avec mon interlocuteur. En effet, notre pomme de discorde datait de quelques mois quand nous discutions de la Vierge Marie. Mon ex-ami, c’est le cas de le dire, est poète « classique » accompli. Je ne pouvais en aucun cas dévaloriser ses rimes et vers. Ses mots sont lourds, comme forgés dans une fonderie mais jamais sans beauté et conformité. Il composait des poèmes dédiés à des femmes. Il excellait dans les fresques chantant les cheveux, les yeux, la bouche, le buste, les genoux et les pieds à la manière d`un certain Pygmalion! Cependant, il ne pouvait pas user de l’anthropotomie pour exhausser le magnétisme de Marie. L’explication est simple : en habit de poète, il est un fervent musulman ! L’image de la mère de Dieu ne peut jamais être bafouée ni par les mots, ni par les gestes et figures. Certes, le monde chrétien a pu cacher sa déception et son désarroi devant l’avilissement de certaines écritures et scènes de cinéma violant l’emblème de la virginité. Là où la laïcité prédomine  la liberté d’expression est toujours gagnante ! En effet, le poète venait de publier un poème apothéosant la Sainte-Marie. Le surplus avec lequel Marie a été louée la rendait parèdre d’une déesse d’un autre monde. En dépit de l’esthétique du poème, le contenu m’irritait à tel point que je ne pouvais pas cacher mon agacement. Quelques jours plus tard, nous étions ensemble dans un café de trottoir pour une longue discussion. Nous nous quittâmes sans mot dire. A cet instant, j’avais un certain malaise qui me poussait à expliquer ma position sur la question de la virginité et de la conception immaculée.

Le mythe est la quintessence des civilisations. Les peuples qui n’ont pas de mythes n’ont pas d’ histoire. Quand le mythe survit et perdure, il devient réel et crédible aux yeux et aux oreilles d’une population imprégnée de contes oniriques. Cette ‘règle’ culturelle est surtout parfaitement applicable  aux conceptions religieuses en dehors de leur nature. Et puis, le mythe empiète toutes les barrières. Il circule librement et jette ses semences aux quatre coins du monde. La moisson serait un assemblage épatant et peut-être surréaliste. L’anthropologue français Claude Lévi-Strauss offre son avis : « Un mythe se rapporte toujours à des évènements passés avant la création du monde…ou…pendant les premiers âges…en tout cas…il y a longtemps. Mais la valeur intrinsèque attribuée au mythe provient de ce que les évènements, censés se dérouler à un moment du temps, forment aussi une structure permanente. Celle-ci se rapporte simultanément au passé, au présent et au futur ». Cette formulation étonnement exacte est conforme à l’image de l’Immaculée Conception. Selon le catholicisme, la Vierge est une personne surnaturelle car  non entachée depuis sa conception par le péché originel. Elle n’a jamais eu besoin de purification ou de conversion. Elle est vierge avant, pendant et après son accouchement du Christ. C’est une virginité éternelle que seul le Créateur en est responsable. Cette idée fait d’elle une sainte pas comme les autres. Il est vrai qu`elle est la ‘mère’ de Jésus. Mais a-t-elle vraiment pleuré sa crucifixion? Jésus n’a-t-il pas appelé sa mère « femme » ! On est dans le droit de s’interroger sur cette liaison « inhumaine » entre une mère et son fils. L’histoire de Marie est probablement celle d’une femme de notre temps qui a pour seule mission de porter un enfant sans savoir l’identité du père biologique ! Marie n’est pas une femme ordinaire ce qui lui arrache toute sa valeur « humaine ». D’ailleurs, les protestants sont proches de ce cliché. Un poète aura beaucoup de peine à l’exalter. Elle n’est pas descriptible qu’avec des mots uniformes, linéaires, et presque rigides à l’image de Dieu son possesseur réel. L’islam suit cette ligne de mire avec beaucoup de piété. Laissons Éphrem le Syrien « 306-373) la décrire : «  Pleine de grâce. Toute pure, toute immaculée, toute sans faute, toute sans souillure, toute sans reproche, toute digne de louange, toute intègre, toute bienheureuse,…vierge d’âme, de corps et d’esprit… » L’histoire d`une conception inhabituelle et étrange aux humains n’est pas l’apanage de la seule mère de Jésus. Il suffit de fouiller les reliques des anciennes civilisations pour retrouver l’origine des dogmes relatives aux religions. Osiris occupe une place primordiale dans le panthéon égyptien. Il est dieu de la religion et de l’abondance. Son frère cadet Seth « Satan » en français et «Shitane » en arabe, fomente un complot qui finit par la mort d`Osiris noyé dans le Nil cadeau divin selon les égyptiens. Il sera ressuscité par ses sœurs Isis et Nephtys. En passant à l’au-delà, il acquiert la suprématie du monde par les lois de Maât. Son culte, chose surprenante durera jusqu’au VIe siècle. Isis, épouse et sœur (Abraham et Sarah !), connaît une gloire cultuelle qui va au-delà de toute espérance. Des sanctuaires en son honneur seront bâtis un peu partout dans l`ancien monde gréco-romain. Son adoration est identique à Achtarout et son époux martyr Adonis.

Connaît-on vraiment la Vierge Marie ? Son image est-elle un souvenir lointain du christianisme oriental ou une histoire invraisemblable de nature chimérique ? Selon Anton Parks, un chercheur iconoclaste, la Vierge n’est pas très catholique. Elle serait une copie de la grande déesse-mère Isis. En effet, Isis était Méri (reine des cieux chez les anciens égyptiens) et Myriam chez les Hébreux. Isis/Méri a conçu son fils Horus à la manière de Marie/Jésus. Deux Joseph partagent la scène. Le premier dans l’ancien testament, est  fils de Jacob. Le deuxième dans le nouveau testament, charpentier de métier, est ‘père adoptif ‘ du Christ et pratiquement absent sur la mimêsis chrétienne. Il n’a aucun attachement avec Osiris le géniteur de Horus. Les papyrus des pyramides racontent fidèlement le mythe pharaonique : Osiris était le frère et l’époux de la Grande Déesse Isis. Il fut assassiné par son frère démoniaque Seth. Isis le pleure et l’enterre secrètement. Il est rapidement retrouvé par le frère jaloux qui le découpe en quatorze morceaux jetés dans le Nil. Isis, secondée par sa sœur Nephtys, cherche les débris et en trouve seulement treize (chiffre désignant le cycle menstruel) et le quatorzième n’est autre que le pénis dévoré par un poisson (rappelons qu’un bon chrétien tient le poisson comme un emblème de Jésus). Le corps d’Osiris est rapidement reconstitué sans son appareil géniteur. Par la suite, Isis conçoit Horus de son « esprit », c’est- à- dire biologiquement (parthénogenèse ?). L’image de Jésus est quasiment semblable à celle de Horus appelé Mesi (hiéroglyphe) proche de Messie (oint de l’huile), c’est- à- dire né et fait à l`image de son père, ce que le Christ le déclare clairement. Si on va un peu plus loin dans l’analyse, on arrive à la conclusion suivante : Le Joseph biblique est berger, Osiris aussi. Ça se traduit dans la mythologie sumérienne par le couple Osiris/Enki (berger du troupeau humain qu’il a créé). Jésus est aussi appelé ‘le bon berger’. La haine que vouent les frères de Joseph envers le ‘favori de Jacob’ est identique à celle des dieux Anunnaki envers Enki/Osiris !

À mes dix-sept ans, j’étais un jeune adepte de la gauche. Je comprenais mal Karl Marx, son œuvre Le Capital m’était indéchiffrable.  Son ‘matérialisme ‘m’attire beaucoup, surtout son point de vue sur la religion « stupéfiant des peuples ». Je connaissais mal aussi l’entourage du grand philosophe. Mes actuelles recherches me guident à son gendre, déjà dans l’oubli, Paul Lafargue (1842-1911). Son épouse est Laura Marx. Paul  était un laïque convaincu et avait lutté beaucoup pour la cause des ouvriers. Son ouvrage « le droit à la paresse » a connu un bon succès. Malheureusement, le couple Paul/Laura s’est suicidé. Une courte lettre explique la raison du suicide : « Sain de corps et d’esprit, je me tue avant que l’impitoyable vieillesse qui m’enlève un à un les plaisirs et les joies de l’existence et qui me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles ne paralyse mon énergie, ne brise ma volonté et ne fasse de moi une charge à moi et aux autres ».

Son article sur le mythe de l’Immaculée Conception est un exemple frappant pour les chercheurs des anciennes sociétés. L’idée de la virginité immaculée n’est pas une exclusivité chrétienne. Dans la mythologie grecque, trois déesses ont l`attribut de parthenia (virginité, chasteté) : Héra, Athéna et Artémis. Athéna est vierge par excellence. Elle conçoit le Beau Apollon Patrôos (protecteur des pères). Elle a été violée par Héphaïstos dont elle partage avec lui un temple à l’Acropole, ensuite par Poséidon, dieu des mers. Un enfant naît de ce viol : Ericthonius. En dépit de tous ses enfants, elle est toujours appelée vierge. Son temple porte le nom de métro-parthenos, la vierge-mère. L’idée de virginité et de maternité n’est pas contradictoire ; le mot vierge-mère signifie mère sans le concours de l’homme, c’est le cas de la Vierge Marie. La femme était donc vierge tant qu’elle n’était pas mariée. Les mœurs maritales sont semblables à celles des peuplades polynésiennes. Dans le Kalevala Finnois, Isnatar, la ‘belle vierge’ chante : « Je suis la plus ancienne des femmes, je suis la première mère des humains ; j’ai été cinq fois épouse et six fois fiancée». Mais elle restait toujours vierge. Une inscription de Sargon roi de la Chaldée dit : Sargon roi puissant, roi d’Agadé, moi, ma mère me conçut sans la participation de mon père ! Nous sommes-nous étonnés, stupéfaits et hilares devant l’idée que l’homme, lui aussi, peut  comme la femme, porter en son sein sa progéniture ? Pourtant, des médailles de Mylassa représentèrent Zeus barbu avec deux mamelles nues ! Sommes-nous ahuris devant Noum (dieu égyptien) pondant de sa bouche un œuf qui donna naissance à Phtah créateur des astres ? Zeus, Poséidon et Hermès demandèrent à Oenopion, pupille de Bacchus, de formuler un vœu ; il demanda un fils et les trois dieux urinèrent dans la peau du bœuf qu’on a tué pour les régaler, l’enterrèrent, et neuf mois après naquit Orion que Zeus plaça au ciel. Les dieux voulaient à tout prix dépouiller les déesses de leur pouvoir de procréer. Ils prirent leurs formes, leurs costumes et leurs attributs. Chose bizarre, on pouvait voir apollon déguisé en femme ! Tout ceci avait pour but de déposséder les déesses de leurs temples. Même un accouchement était simulé. En occurrence, les déesses ne gardèrent pas le silence devant cette humiliation : il y avait à Chypre une statue d’Aphrodite barbue ! Les hommes l’adoraient en habits de femme. Isis et autres déesses égyptiennes étaient représentées avec les organes sexuels masculins (deux attributs, le vautour et le scarabée symbolisaient les deux sexes). Baal, le dieu phénicien, était bisexué. Synessius, évêque de Ptolémaïs disait de l’esprit infini : tu es le père, tu es la mère, tu es le mâle, tu es la femelle. La déesse syrienne Mâ (mère, brebis) était née d`un œuf couvé par une colombe ce qui lui donne un cachet asiatique en souvenir de Sémiramis et de sa mère Décerto. La religion chrétienne était tellement incertaine que l`empereur Adrien, écrivant à l’un de ses préfets, disait : « Cette Egypte que tu me louais, je l’ai trouvée légère et inconséquente…Ceux qui adoraient Sérapis (Osiris) sont chrétiens et les évêques chrétiens sont dévoués à Sérapis…Un patriarche est arrivé en Egypte, les uns l’ont dit adorateur de Sérapis, les autres du Christ ».

Attis (Atys) est une divinité Phrygienne (actuelle Turquie) parèdre de la déesse Syrienne Cybèle. Il est à la fois son fils et son amant. Il est comparable à Adonis le Phénicien, et Tammouz le Sumérien. Son culte conquit la Grèce puis Rome. Attis est le fils de Nana, fille du dieu-fleuve Sangarios. Sa mère est enceinte d`une amande tombée d`un arbre né du sang d`Agdistis fruit de Zeuz en abusant de Cybèle. Cette dernière tombe follement amoureuse d’Attis promis à une naîade. Courroucée par ce sort, Cybèle le frappe de folie. Il s’émascule. De son sang naît le pin toujours vert. Sous le règne de l’empereur romain Claude, le culte d’Attis connaissait une grande gloire. Nana (Cybèle), la mère d’Attis était vierge comme Marie. Les points communs entre le Christ et Attis sont les suivants : tous deux naissent d’une vierge, ils étaient bergers et sauveurs mis à mort pour le salut de l’humanité, tous deux ont été crucifiés. Attis a été ressuscité trois jours après sa mort.

L’histoire de Mithra s’est déroulée 2000 ans avant notre ère. Il est le prophète Persan prédécesseur de Zaroustra (Zoroastre). Ernest Renan, qui nous est familier par son voyage au Liban, avait dit : « Si le christianisme eut été arrêté dans sa croissance par quelque maladie mortelle, le monde eut été mithriaste ». C`est dire combien les deux images de Jésus et Mithra sont similaires ! Les chercheurs modernes insistent sur le fait réel d’une certaine ressemblance à cause de plusieurs sanctuaires dédiés à Mithra trouvés un peu partout en Europe. La cathédrale de Saint-Pierre à Rome est bâtie sur un ancien temple de Mithra. Là aussi, la ressemblance entre le Christ et le prophète persan est frappante, sachant que Mithra est né, lui aussi, d’une vierge.

Pour conclure, l’histoire de la Vierge Marie nous renvoie à l’idée nuancée par beaucoup de rationalisme  de sa similitude avec des concepts antiques. La mère du Christ réclame sa victoire contre l’humanité : elle est la seule à procréer sans l’aide de personne. Elle réaffirme son triomphe contre la puissance de la gent masculine, qui par la monogamie, avait privé durant des siècles les femmes d’une certaine autorité liée à la capacité de concevoir. Pour nous, les libres-penseurs, la Vierge n’a pas gagné sa cause. Elle est deux fois perdante : elle perd sa virginité ‘originelle’ comme elle perd son amour-propre en tant qu’une « femme porteuse ». Une citation du grand philosophe Voltaire me semble très concluante à cette idée : « C’est une des superstitions de l’esprit humain d’avoir imaginé que la virginité pouvait être une vertu».

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د. شوقي يوسف – لبنان

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  1. إبراهيم يوسف

    “وأغُضُّ طَرْفي ما بَدَتْ لي جارتي
    حتَّى يواري جارتي مأواها”

    سمعتُ في طفولتي امرأةً أتتْ دارَنا تتوسطُ أبي لدى مُطَلِّقِها، ليعيدها إلى كنفه مهما كانت شروطه..!؟ لأنها تريدُ السترة فلا ينكشفُ عريُها على زوجٍ غيره..! بهذه المقدمة البسيطة ومن حيث انتهى النص، دعني أكتفي بالتعقيب على جانبٍ من مضمون ما استوعبته، دون الدخول في تعقيدات القناعات والرؤى والأديان والأساطير؛ للقول دون أن أتْعِبَ رأسي في كثير من التمحيص، ومتاهة الاستنتاج والتحليل فيما كان أو يمكن أن يكون، للقول: إن لم تكنِ العذريَّة فضيلةً بالمطلق، ما دامَ الله قد أثقلنا بفيضٍ من الرغبات الموجعة..!؟

    فيبقى في اعتقادي بأن العذرية والخجل من فضائلِ المرأة. وكلما تمسَّكت المرأة باحتشامها وعفَّتِها كلما ازدادت سلطتها على الرجال. وهذه القاعدة صالحة لكل العصور.. من رابعة العدوية وثيودورة إلى الأم تيريزا، ومن إزيس مرورا بمارلين مونرو وهند رستم وانتهاء بهيفاء وهبي. ومن يدخلِ الحمَّام ليغتسل مثلا؟ ولم يجدْ له منشفة على مشجبِ الحمَّام فينادي زوجته لتسعفَه في منشفة، وحينما تأتي وتناولُه حاجتَه من شقِّ الباب؟ تغضُّ بصرَها بحشمة عن عورته.. وهو لقلة حيائه يفتح لها الباب على مصراعيه..!

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