J’ai découvert Rilke à travers deux circonstances fortuites. La première remonte au jour où je lus dans un journal libanais qu’une maison d’édition proposait une intégrale des œuvres de Charles Baudelaire. J’achetai aussitôt le lot de livres, soigneusement emballé, sans vérifier son contenu. De retour chez moi, je constatai avec stupeur qu’il s’agissait en réalité des œuvres complètes de Rilke. Alors que je m’apprêtais à contacter la librairie pour signaler cette erreur, ma femme, avec sa sagesse coutumière, me convainquit de donner sa chance à cette lecture avant tout échange.
Cette découverte fut une révélation : ce texte ouvrit mes yeux sur un chef-d’œuvre intemporel qui m’était jusqu’alors inconnu.
La seconde occasion survint lors de la rédaction d’un essai pour le site Assanabel, où j’analysais les correspondances entre trois poètes : Nietzsche, Hesse et Khalil Gibran. C’est alors qu’émergea dans ma recherche la figure captivante de Lou Andreas-Salomé. Cette intellectuelle germano-russe, qui poussa Nietzsche à consulter le docteur Breuer – autant par inquiétude pour sa santé que par crainte des conséquences de son aventure intellectuelle sans précédent –, joua un rôle-clé dans son destin.
On sait que Salomé et les traitements sédatifs de l’époque comptèrent les facteurs ayant précipité la folie du philosophe. Elle était encore pour Rilke une Compagne d’esprit, elle lui enseigna le russe pour approfondir sa lecture de Tolstoï et Botkine, et lui offrit de plus ce surnom devenu célèbre : Rainer. Femme de psychologie exceptionnelle, elle savait mettre un terme à ses liaisons avec une retenue teintée de mélancolie.


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