Selon la mythologie juive et certaines traditions islamiques, les prophètes occupent des rangs distincts. Ibn Hicham, dans sa biographie du Prophète, place Adam au premier ciel, Yahya et Issa (Jésus) au deuxième, Joseph au troisième, tandis qu’Idriss, enlevé par Izraïl, réside au quatrième ciel. Autorisé à visiter le paradis une seule fois, à condition de ne pas s’y attarder, Idriss défie cet ordre divin en refusant d’en repartir, mettant ainsi son Seigneur dans l’embarras.
Idriss se distinguait par son savoir : son nom même, en arabe, évoque l’étude, car il était un prophète insatiable de lecture et de science. De ma part, je suis un homme qui ne garde pas les yeux dans sa poche ; Je marche sur les traces d’Idriss, non seulement par ma formation d’ingénieur, mais aussi dans ses deux domaines essentiels : la lecture et l’écriture. Cette quête a élargi mes horizons et fait naître en moi une révolution permanente contre les croyances archaïques.
Lire, c’est partager les souvenirs et les mémoires d’autrui, c’est toujours apprendre davantage. Mais cela s’accompagne aussi de contradictions. Comme l’a dit Baudelaire, il existe un degré de non-contradiction que seul le mensonge peut atteindre. Autrefois privilège aristocratique, la lecture est aujourd’hui accessible à tous.
Lecteurs et écrivains ont des rituels étranges. Certains se parfument et revêtent leurs plus beaux habits pour écrire ; d’autres trouvent l’inspiration dans le désordre, louant même les caprices d’une prostituée. La créativité de Voltaire et de Balzac jaillissait sous l’effet d’un excès de café, tandis que Samuel Beckett n’écrivait que poussé par l’avidité.
Machiavel, depuis son exil, livre une magnifique confidence : « Le soir, de retour chez moi, je quitte mes vêtements souillés par la fréquentation des bouchers, des bûcherons et des maçons. Je revêts alors des habits immaculés, dignes d’une cour, pour pénétrer dans ma bibliothèque, ce sanctuaire du savoir. Là, je converse avec les grands esprits du passé, qui m’accueillent avec bienveillance et répondent aux questions qui hantent mon esprit. » C’est ainsi qu’il écrivit Le Prince.
Les rituels sont essentiels à une créativité authentique, tout comme la lecture approfondie nourrit la culture, allège le poids de l’attente et élève l’âme vers le ciel d’Idriss, le prophète éloquent, dont nul ne peut usurper la place.


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