Les mythes émergent des cultures orales pour donner sens à des phénomènes naturels incompréhensibles. Transmis par la parole, ils s’intègrent progressivement aux rituels et aux croyances religieuses. Ainsi, la légende du prophète Jonas est née d’un imaginaire collectif refusant de se soumettre à la domination assyrienne. C’est pourquoi Jonas se rebella contre la volonté divine et tenta d’en entraver l’accomplissement. Les érudits qualifient, à juste titre, ces récits de mythes, tandis que d’autres emploient l’euphémisme « récit sacré » pour éviter l’accusation de dénigrement.
L’histoire rapporte que les rois du Levant cessèrent de payer le tribut à l’empereur Sennachérib, qui entreprit de les soumettre à nouveau. Son armée, nombreuse et aguerrie, pilla et détruisit nombre de cités, y compris les royaumes juifs, comme le mentionne l’inscription d’Azéqa. C’est dans ce contexte troublé que se forgea la légende de Jonas, compté parmi les « petits prophètes » en raison de la brièveté de son livre prophétique.
Selon certains récits généalogiques, les Assyriens seraient plus proches des Arméniens que des Arabes, tandis que les Géorgiens, les Juifs, les Kurdes et les Iraniens seraient des peuples assimilés. Il convient de signaler ici la publication majeure et humanitaire du Chicago Assyrian Dictionary, œuvre monumentale dont la rédaction s’étala sur quatre-vingt-dix ans et dont le dernier volume parut en 2011.
Le Seigneur ordonna à Son prophète : « Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et crie contre elle, car sa méchanceté est montée jusqu’à moi. » Ninive n’était autre que la capitale de l’Empire assyrien, fondée vers 1270 av. J.-C. Mais Jonas, fanatiquement attaché à son peuple, refusa d’obéir : il savait que l’Assyrie était l’instrument dont Dieu se servait pour châtier Israël. Il tenta de fuir l’ordre divin en embarquant pour Tarsis – peut-être l’actuelle Tunisie, ou bien Tartessos, au sud de l’Espagne.
Dieu suscita alors une violente tempête qui menaça de briser le navire. Les marins, affolés, tirèrent au sort pour découvrir la cause du fléau, et le sort désigna Jonas. Celui-ci confessa sa faute. Le capitaine du vaisseau phénicien, après une profonde inspiration, déclara à l’équipage : « Acceptons la confession de ce fuyard et jetons-le par-dessus bord. » Jonas, avalé par un grand poisson, médita et pria dans ses entrailles durant soixante-douze heures, jusqu’à ce que le monstre le rejette sur la terre ferme. Le Seigneur renouvela Sa mission. À contrecœur, le prophète se rendit à Ninive pour prêcher la repentance, espérant secrètement que son avertissement resterait vain et que la colère divine s’abattrait sur la ville.
Il se posta ensuite sur une hauteur pour assister à la destruction de Ninive. Mais Dieu épargna la cité, touché par le repentir de ses habitants. Jonas en conçut une amère déception, et le Seigneur lui expliqua la situation. Le prophète tomba dans un silence profond – non par approbation, mais parce qu’il n’avait plus aucun argument à opposer.
L’opposition de Jonas à la volonté divine ne se comprend qu’à la lumière de la haine qu’il vouait à Ninive, haine qui persista même après la conversion de la ville. C’est une figure intrigante, rebelle, instable, portant malheur à son entourage, et dont l’esprit ne cessait de contester les décrets divins. L’Église a érigé son livre en fait historique, à une époque où les savants considèrent les textes sacrés comme des compilations hybrides, mêlant mythes, poésie, récits historiques et épopées. Cette complexité rend leur interprétation délicate, surtout lorsqu’on y cherche une vérité historique ou scientifique.
Voltaire reconnaissait l’existence d’une force spirituelle guidant le monde, mais sa lecture des textes sacrés ne lui permit pas de leur accorder sa confiance. Il s’étonnait ainsi : « Je suis surpris que Dieu ait inspiré des livres où l’on trouve des idées fausses en astronomie, en géographie, sur l’histoire de la création, ou encore dans la généalogie. De plus, ces livres ressemblent au code d’Hammourabi, une morale fondée sur la loi du talion : œil pour œil, dent pour dent. Enseignement que personne n’accepterait aujourd’hui. »
Les croyants, au contraire, voient dans ces textes une parole révélée, infaillible et intangible. Mais les nouvelles générations rejettent de plus en plus ces contradictions – le livre de Jonas en est un exemple éloquent –, obligeant les institutions religieuses à s’adapter plutôt qu’à disparaître. C’est le lot de tous les dogmes : ils se transforment non par conviction, mais par nécessité.


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