Il y a quelque temps, j’ai achevé la traduction de l’arabe d’un texte de R.M. Rilke, le grand poète autrichien. Dans ce texte, il explique aux débutants – mais aussi aux poètes confirmés – comment évoquer les souvenirs pour écrire une poésie riche et profonde.
Rilke révèle que les premiers vers, écrits dans la jeunesse, ne valent souvent rien. Pour le bien du débutant, il faut savoir attendre, laisser le temps accumuler les expériences, jusqu’à ce qu’enfin émergent les dix premiers mots d’un vrai poème.
La poésie n’est pas seulement une expérience, mais une longue vie tout entière : il faut avoir visité des villes, connu des êtres humains et leurs secrets, admiré les animaux, observé le vol des oiseaux et la manière dont les fleurs s’ouvrent. Il faut avoir erré dans des contrées inconnues, tout en se souvenant des voyages rêvés, fertiles en émotions. Il est nécessaire aussi de se rappeler ces parents qui s’emportaient lorsqu’on tentait de leur offrir un bonheur qui leur semblait incompréhensible.
Le futur poète doit avoir traversé, jeune, des maladies d’enfance qui laissent en lui des transformations profondes et parfois dangereuses. Il doit se souvenir des jours passés seul dans des chambres silencieuses, mais aussi des nuits d’amour. Il doit avoir entendu les pleurs des femmes stériles et les cris déchirants des accouchées.
Il doit s’être assis près des mourants, près des morts déjà froids.
Tous ces souvenirs ne valent rien s’ils ne sont d’abord oubliés. Il faut attendre longtemps, très longtemps, pour qu’ils reviennent. Et alors, dans un moment rare, l’être enfin prêt pourra écrire les premiers vers d’un véritable poème.


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