Lorsque vous recherchez quelque chose de perdu, vous découvrez accidentellement autre chose de rare et précieux. C’est ainsi que j’ai découvert deux articles fondamentaux écrits par Edward Said sur l’icône de la danse orientale Tahia Carioca. Elle n’était pas seulement une danseuse sublime, mais une artiste qui a joué un rôle majeur dans la culture égyptienne aux côtés de géants tels que Naguib Mahfouz, Tawfiq al-Hakim, Taha Hussein et Oum Kalthoum.
« L’essence de la danse orientale, disait-il, ressemble à celle de la corrida : elle ne réside pas dans le nombre des mouvements du danseur, mais dans leur rareté. Carioca ne sautait jamais ni ne balançait sa poitrine ; son génie consistait à créer un grand classique sur un mètre carré. » Elle incarnait un type d’excitation très particulier, la première représentante de la femme mystérieuse, séduisante et fatale, attirant ses amants par son charme, son éclat et sa beauté. De plus, elle s’est engagée en politique en hébergeant chez elle le journaliste communiste persécuté Salah Hafez et le célèbre écrivain Anouar Abdel-Malek. C’est pourquoi les dirigeants égyptiens – Farouk, Nasser et Sadate – l’ont emprisonnée.
Lors de sa dernière interview avec Said, elle portait un hijab semblable à celui des femmes en pèlerinage à La Mecque. Elle n’a pas renié sa carrière, mais a manifesté un profond respect pour celle-ci, déclarant : « J’ai été élevée dans l’appréciation de l’héritage oriental de la danse classique. J’ai toujours ignoré sa mauvaise réputation ; je la trouvais sacrée, totalement libre et belle. C’est comme être dans un temple. »
Carioca s’éteignit comme les héros tragiques : brisée par ses épreuves, mais fortifiée par cette vérité absolue dont les personnes âgées savent s’imprégner.


0 تعليق