François-René de Chateaubriand: un fondamentaliste descendant de la Bible

بواسطة | 13 فبراير 2021 | من التاريخ | 2 تعليقات

En arabe

Cher ami et cousin Adel  

On nous a enseigné en classe de philo que Chateaubriand était le précurseur du courant romantique Français. Sincèrement, ce n’est qu’après avoir lu ton écrit que j’arrive à comprendre cet homme de lettres digne de son fauteuil sous la coupole de l’Académie. Notre professeur de littérature  ne cessait de faire son éloge, mais en réalité il nous cachait son autre visage. Il me parait que cette considération est commode aux admirateurs de Chateaubriand qui, quel que soit le coût, cherchent à sauvegarder une image immaculée du père du romantisme. Bien que je n’approuve pas les “aspirations politiques” de l’écrivain, il n’en reste pas moins que sa place dans la littérature française est intouchable, sinon ravissante, du moins sublime .Je te remercie pour cette ” autopsie ” de Chateaubriand qui me permet de “scruter “son ” âme ” et non pas son “gabarit”. Il me semble que c’est de mon devoir de rendre un vibrant hommage à Edward Saïd (1935-2003), écrivain Américain d’origine Palestinienne qui, dans son livre ‘L’orientalisme’, avait éclairé beaucoup de coins obscurs de l’histoire du Moyen-Orient.  

C`est avec joie que j’entame la traduction tout en gardant à l’esprit cette phrase dont j’ai oublié son auteur : «  les belles traductions, comme les belles épouses, ne sont pas toujours fidèles».  

Chateaubriand – un fondamentaliste descendant de la Bible – 

La Renaissance venait d’apposer son cachet révolutionnaire sur le dix-huitième siècle. A ce moment Chateaubriand (1768-1848) n’y était ni prosélyte ni partisan ; il avait même suggéré à Napoléon de faire en sorte que les conséquences de ce mouvement soient contrecarrées. Il pensait que le temps lui était propice, surtout que l’empereur souhaitait une entente avec l`Église. Malgré son ouverture relative au nouvel ordre, il soutenait profondément les deux systèmes et politique et social antérieurs à la révolution. Sa plume défendait le catholicisme avec son patrimoine littéraire, artistique et moral. Il voyait dans la Bible un foisonnement que “l`Iliade” de Homère et les “Métamorphoses ” d`Ovide ne pouvaient pas le décrocher. La Bible empilait dans ses pages des mythes similaires aux nouvelles alléchantes qui visaient l’adhésion des gens aux Dix Commandements, allégeant ainsi le fardeau des dévots face à leurs souffrances, des gens qui gémissent sous le poids de leur charge instinctuelle. Chateaubriand disait que la loi qui freine la suprématie des instincts humains ne peut être qu’une loi divine, et que cette loi promettait une deuxième vie qui compensait le supplice des vertus terrestres. Il avait raison de supposer que les Français, en leur for intérieur, étaient plus proches de lui que de Voltaire qui prêchait la philosophie. Il soutenait la religion contre la philosophie païenne. En fait, Il se disait “anti-philosophe”et ses admirateurs saluaient en lui l’architecte du romantisme français. Il avait certainement influencé bon nombre d’auteurs romantiques comme Mme De Staël, Stendhal, Balzac, George Sand…Paradoxalement, Stendhal lui reprochait son fanatisme et son égocentrisme. À son avis, Chateaubriand voyait l’Orient avec l`œil d’un croisé qui n’arrivait pas à gommer de sa mémoire le pape déclamant la guerre religieuse qui, comme il le supposait, constitue” le contrepoids chrétien” de l’intrusion du calife Omar dans le domaine du pouvoir européen. Cette guerre ne visait pas seulement à sauver la tutelle de l’Église de la Nativité mais à décider en outre du sort des terres promises : un Islam ennemi de la civilisation, tyrannique, esclavagiste et semant l’ignorance, ou un autre mouvement contemporain pourvu du génie des temps passés  gavés de sagesse.  

De la galerie de son château, il observait les insurgés foulant la tête du ministre des finances et ruant sur la Bastille, emblème du pouvoir mourant. Il avait décidé, lui l’aristocrate royaliste, de quitter la France. Inlassable, il  fuyait son pays et y revenait  maintes fois. Finalement, la sœur de Napoléon intervenait pour le sauver de la colère des révolutionnaires. Malgré son opposition à la révolution, il avait occupé un poste de conseiller à l’ambassade de France à Rome mais il ne tardait pas à démissionner après la campagne de Napoléon contre les royalistes et dont Armand, son propre frère, était l’un de ses victimes. Napoléon avait jeté au feu une demande de grâce  écrite de la main de Chateaubriand. L’empereur connaissait à fond les tendances politiques de la célèbre famille  de Saint-Malo. Il avait des doutes envers tous les intellectuels “discoureurs”. Il ne se fiait pas à leurs conseils et suggestions et avait hâte à divulguer à son frère Joseph, fraichement sacré roi de Naples et Sicile, et plus tard roi d`Espagne, son dédain envers les écrivains : « Tu passes trop de temps avec les hommes de lettres. Ils sont semblables à des penseurs bavards n’ayant dans la tête que l’idée de   propager les mauvaises intentions. Je les assimile à des femmes gracieuses et compatissantes que l’homme les courtise mais ne prend jamais l’une d’elles comme épouse. Il ne choisit  parmi ce clan, ni ministres ni assistants ». Après avoir quitté toutes les fonctions politiques, Chateaubriand déclarait, avec un ton de haine : « quand j’avais osé délaisser Napoléon, je lui partageais le même échelon…S’il était heureux de me tirer dessus, je n’étais pas moins heureux de le voir tué ». Influencé par son père René-Auguste, militaire dans la marine française et négrier notable ayant fait fortune dans le commerce des esclaves noirs, il s’était engagé dans une division guerrière. Il avait du abandonner son bataillon après le ralliement de son unité à la révolution. Si René-Auguste avait une statue, il est possible qu’il ne l’a plus suite aux mouvements antiracistes des citoyens, déclenchés en France il ya peu de temps ! Chateaubriand quittait l’Europe pour une “odyssée” au nord du continent américain à la recherche des ” nobles bruts”, un terme utilisé précédemment par l’auteur Anglais John Dryden dans sa pièce de théâtre « les chiens » et qui désignait la population autochtone pure non “polluée” par la civilisation. Rousseau reprenait le même sens dans son « Du contrat social ». Ayant lu  le livre, Voltaire ironisait ceux qui sont attachés au passé “heureux” : « j’ai reçu, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain […] On n’a jamais employé tant d’esprit à vouloir nous rendre bêtes. Il prend envie de marcher à quatre pattes, quand on lit votre ouvrage.». Durant son voyage, l’homme de Saint-Malo avait rencontré Georges Washington. Ses impressions journalières sont écrites dans une prose, rare dans sa richesse et sa brillance. Elles sont notées dans son « Voyage en Amérique ». Il avait passé des nuits à la belle étoile avec les “nobles bruts”. Il s’était même cassé le bras en escaladant les escarpements rocheux des Niagara. Sa description dessinait une image charmante de la “virginité” des prairies américaines, une image romantique de la liberté en accord harmonieux avec la nature. Il avait dit : Oh liberté primitive ! Enfin je te récupère. Je m’élance comme les oiseaux ; je meus comme une mouche ne connaissant ni barrières ni soucis, sauf dans le choix d’un ombrage. Ses détracteurs doutaient de la véracité de son périple méridional. En effet, l’auteur avait prétendu avoir traversé de longs chemins dans les profondeurs américaines, chose pratiquement impossible à réaliser dans un temps record au dix-huitième siècle ; sa topographie des lieus visités dépasse la réalité sauf si la nature avait changé sa faune et sa flore!  

Observant sa prose agréable, son langage élégant et sa dissertation unique, Lucile, sa sœur, l’avait encouragé  à l’écriture. Après son admission à l’Académie Française, il avait merveilleusement relaté l’histoire de deux Peaux-Rouges. Le narrateur de son récit était un vieillard aveugle capturé jeune par une tribu hostile et sauvé d’une mort certaine par Atala, une indienne adversaire à son smala. Les deux s’enfuyaient à la façon des prisonniers ou des amants persécutés dans une ambiance hasardeuse. Le rescapé avait demandé sa main, mais Atala avait poussé son avance parce qu’elle avait promis à sa mère de mourir vierge. Le bon missionnaire du récit approuvait son engagement. Pour lui, le mariage est un  état d’ébriété,  plus affligeant que la mort elle-même. Il avait constaté beaucoup d’images oniriques : « je n’avais jamais connu un homme  qui ne se trompait  pas  en aspirant  à la béatitude…Il n’y a pas de cœurs sans plaies…L’âme, dans sa pureté éclatante, ressemble à des mangroves en Floride dont la surface calme dissimule les alligators des profondeurs ». Face à ce dilemme, Atala n’avait qu’une seule échappatoire sereine et louable : se donner la mort. Tellement influencé par ce roman, le peintre Girodet-Trioson l’avait immortalisé dans son tableau  “l’enterrement d`Atala” où on y voyait le bon missionnaire et son amant païen. Le tableau avait occupé le Louvre en 1808 et “avait fait pleurer la moitié de Paris “. On y discernait une tristesse profonde et une lumière éclatante d’où émanait une croix exprimant une mort solennelle pour celle qui “avait offert son âme à la religion”. Ces mots décrivant le tableau vont de pair avec le point de vue de l’auteur, du peintre et des Français chagrinés,  chose convenable à la culture de cette époque. Jadis, la religion avait joué un rôle prépondérant dans la création de la conscience morale. La conflagration du code moral ne s’était pas arrêtée  ni pendant ni après la Révolution Française, idem pour le clash politique emballé de religion et de moral. Chateaubriand avait proposé à Napoléon d’abolir l’idéologie de la Renaissance qui venait de disloquer les deux structures morale et sociale du christianisme. Selon l’auteur, la Révolution avait bâti, sur les décombres du royalisme, une éthique “délabrée” laissant les Français sans  défense. ce déchirement dans les rangs des révolutionnaires et de leurs opposants, se faisait sentir dans le commentaire de Napoléon à Madame De Staël, voyant son dos, sa poitrine et ses épaules dénudés : «  Je suppose, Madame, que vous élevez vous-même vos enfants!».  

En 1826 Chateaubriand venait de vendre tous ses œuvres à 550 mille Francs Français. Après dix ans, il avait cédé son journal intime « mémoires d’outre-tombe », terminé après trente ans d’écriture, au tiers de l’argent déjà empoché ! L’auteur avait imposé à l’acquéreur une clause stipulant que l’édition de son livre ne soit accomplie qu’après sa mort. Une fois la vente conclue, le manuscrit fut mis dans un écrin à trois cadenas aux mains de l’auteur, de l’avocat et de l’éditeur. Après l’édition du livre et la mort de l’écrivain, le manuscrit  passait aux mains de son petit-fils Pascal Defour qui exerçait dans le bureau de l’avocat. Selon la BBC, son héritier voulait le vendre mais le procureur de la république avait bloqué la transaction jugeant que le manuscrit était déposé chez l’avocat et que l’acquisition de l’œuvre par Defour, qui venait de quitter son poste au bureau, lui interdisait le droit de propriété. Par contre, son avocat considérait que son commettant avait ce droit parce que le manuscrit était abandonné. Ce différend attend toujours la sentence ultime de la cour!  

Le philosophe Français Jean D’Ormesson (1925-2017) académicien et directeur général du Figaro, tenait Chateaubriand, son gourou, pour le plus noble des grands écrivains. Dans l’un de ses livres, décrivant sa vie sentimentale,  il évoquait Chateaubriand, le romantique brillant, assailli de tous bords par ses célimènes à la façon des papillons attirés par la lumière. Son héros avait épousé en 1792 Céleste Buisson De La Vigne, une femme noble mais de caractère  humble. La dot de ce mariage manié par Lucille, la sœur aînée de Chateaubriand, n’était pas à la hauteur du rang des mariés. Son épouse avait digéré  patiemment les longues absences et les nombreuses trahisons se son mari. Sa première liaison était avec Delphine de Custine “reine des roses” courtisée par la haute société de la Révolution. Elle a été aussitôt délaissée à la faveur d’une autre amante en la personne de Natalie de Noailles qui lui avait suggéré son voyage en Terres-Saintes. Après sa rentrée en France en 1800, il avait fréquenté le salon de la comtesse Pauline De Beaumont qui était, au dire de ses admirateurs, une femme de lettres d’une beauté rare s’adonnant facilement au péché. Elle était devenue son amante après la décapitation de son père, ministre des affaires étrangères sous Louis XVI. Il a été à son chevet  lorsqu’elle avait rendu son dernier souffle. Avant de mourir, elle lui avait conseillé de  rejoindre sa femme. Il l’avait beaucoup pleurée comme personne n’avait pleuré son défunt. Ce n’était pas des larmes mais des sanglots. A l’occasion du décès de D’Ormesson, le président Emmanuel Macron avait prononcé  son éloge funèbre : il était le meilleur des hommes qui avait su exprimer l’âme Française faite d’intelligence et d’élégance. Il avait repris les mots de Nietzsche « Les grecs étaient superficiels…par profondeur » en réponse aux envieux de D’Ormesson, qui l’avaient accusé de légèreté. Il se peut que “la guerre des tombes” éclate après la mort des célébrités. C’est ainsi que les prêtres avaient craché sur la sépulture de Spinoza, les intégristes islamiques avaient décapité la statue du philosophe Arabe Al Ma’arri, et Sartre avait pissé sur le tombeau de Chateaubriand, un comportement inacceptable pour François Mauriac, Simone de Beauvoir et Jean D’Ormesson. Le poète colombien Arnolfo Valencia avait avoué à ses filles, deux jours avant sa mort, l’endroit où il cachait un précieux objet : un fragment de la stèle tombale de Sartre!  

Chateaubriand acquiesçait l’idée d’un voyage en Orient, proposée par son amante Nathalie de Noailles. Il s’était jeté sur la lecture de ‘Milles et une nuit’, un livre amusant mais aussi un manuel sur la géographie de la région et ses marques culturelles. Après une courte réticence, notre homme avait pris sa décision de voyager, arguant que son périple en Orient était « la direction d’un homme à la recherche du ciel, de la terre et des eaux ». Il en était revenu, la tête pleine de nouvelles images et le cœur chargé de réelles émotions. Ce touriste désirant la rénovation de son bagage culturel était un Breton très fier de l’originalité de sa culture orgueilleuse qui surpassait même celle des autres Français. Il n’avait aucune attraction ni pour la population Orientale, ni pour sa diversité religieuse et culturelle riche et bigarrée. Dans ce sillage, le lecteur reste indifférent et peut-être dubitatif aux motivations réelles de ce voyage en Terres-Saintes.  Cet orgueil culturel ou racial trouve son origine dans l’histoire de la Bretagne, duché à l’époque, royaume auparavant. Cette terre avait posé une condition incontournable pour se rallier à la France : le roi Charles VIII devrait prendre comme épouse la duchesse Anne de Bretagne!  

 L’Orientalisme Allemand s’est consacré à une approche ‘scientifique’ du sujet alors que celui des Français est un champ où ses pèlerins cherchent à apprivoiser leurs aberrations, lesquelles agrémentent leur imagination et justifient leur condition humaine. Edward Saïd avait évoqué, dans la préface de son livre, un journaliste Français en visite à Beyrouth choqué par la dévastation du centre-ville pendant la guerre civile (1975-1990, plus lourde que celle de l’explosion du 4 août 2020 au port de la capitale. Il s’était exclamé : « la ville semblait, un jour, appartenir à l’Orient de Chateaubriand et de Nerval. Saïd répliquait : « depuis longtemps, l’Orient était une “invention” de L’Ouest, un lieu romantique, un théâtre d’étranges créatures étonnantes et un endroit de souvenirs et d’expériences exceptionnelles ». Cette impression trouve son égal dans les paroles de Gérard de Nerval à Johann Goethe : pour quelqu’un qui n’a pas visité l’Orient, le lotus reste un lotus. Pour moi, il n’est autre qu’un genre de bulbes ! Notons que  De Nerval avait visité les plus belles et les plus admirables régions Orientales.  

Dans ses périples, Chateaubriand n’est jamais motivé par l’amélioration de son imaginatif, un prétexte creux et blasé. Il cherche effectivement à attester l’importance de l’esprit chrétien. Pour ce but, il a écrit « le génie du christianisme » et « Atala ». La fin tragique de son héroïne constitue « un langage universel assimilé par toute l’humanité ». Le ‘hadj’ Français arrive au port de Haïfa en provenance de la Grèce et Constantinople .Il franchit la mer en direction de l’Egypte, la Tunisie et l’Espagne pour enfin gagner la France .Ces treize jours du voyage nous incitent, pas seulement à contester la multitude des données vécues, mais la réalité de ses sentiments aussi. Ses impressions “fourmillent” face au peu des lieus visités. En effet, Les idées de l’imagination restent telles quelles et ne seront jamais des vérités. Depuis son bateau, on le voit appréhendé à la vue du Carmel  et le cénotaphe de Jésus-Christ. On le présume un prophète de type “témoin oculaire”. La preuve de ses “visions” affriolantes nous est attestée compte tenu de son style élégant et soigné, d’une splendeur à couper le souffle. On le voit écrire : en traversant la Judée d’un lieu solitaire à un autre, on a le sentiment qu’un roi fabuleux nous tient le cœur ; le ciel s’étend infiniment devant nos yeux. Quand le cœur se calme, on éprouve une panique clandestine. Cette peur extrême, au lieu de nous rendre mélancoliques, nous dévoile le génie transcendant  et originel de  nos âmes. C’est là que le surnaturel de chaque chose miraculeuse nous devient clair : le soleil ardent, l’aigle haut dans son orgueil, le figuier stérile et  par enchantement toute la poésie. Les scènes de la bible sont toutes présentes : chaque nom garde un secret, chaque caverne prédit un avenir et chaque cime détient les intonations d’un prophète. Depuis ces rivages, Dieu lui-même s’est déclaré, en témoignent les cours secs des torrents, les rochers hermétiques et les tombeaux ouverts. Le désert semble assourdi et frappé par la terreur. On s’exclame : depuis qu’il a entendu la voix de l’Eternel, il n’arrive toujours pas à briser le silence!  

Chateaubriand voyait dans l’Orient un monde fracturé et introverti depuis longtemps, que rien ne le ravive que les évangiles et l’Ancien Testament. Il puisait dans les livres religieux les images de l’histoire ancienne. Dans sa route à Jérusalem, il avait vu des ânes beaux comme ceux cités dans la Bible. Il avait rencontré des femmes lui rappelant celles de Madian. Il enchaîne : si  les arabes de la Judée n’avaient pas gardé le silence, rien ne pourrait montrer leur barbarie incomparable avec ” la cruauté tendre”  des nobles Peaux-Rouges. En effet, les arabes sont les descendants d’une race primitive  nourrie d’hostilité et de brutalité depuis le temps de Hagar et Ismaël.  

Chateaubriand venait de gagner l’Egypte. A ce moment, tout reprenait sa place d’antan : il n’était plus visionnaire mais un cocardier fanatique. Ses illusions prophétiques avaient régressé. Il n’avait plus qu’à casser le silence éternel du désert, réacquérir sa tendance orgueilleuse héritée de sa grand-mère Bretonne, cacher un chauvinisme celé par un foie immense durant son séjour à Jérusalem et éteindre un soupir terrorisé par la voix de l’Eternel de l’Orient et ses prophètes. En Égypte, il avait déniché d’immenses étendues dignes de sa sublime patrie et de vestiges de monuments commémoratifs, un produit génial de la France. Son observation de la disparité” civilisationnelle” des deux pays lui poussait à s’interroger comment une foule de musulmans idiots et ratés avait pu apparaitre sur une terre peuplée jadis par les chrétiens de l’ère de la sagesse. Dans  “mémoires d’outre-tombe”, il y  glissait une lettre du cardinal d’Ally. Parlant de l’Egypte, il lui disait : « Monsieur, je vous ai reconnaissant. Vous avez mis ce peuple cruel et idiot dans la décharge de l’histoire. Ça fait douze siècles que les décombres régnaient sur la plus belle partie du globe. Nous jubilons avec vous, espérant qu’un jour, ce peuple regagne son désert primitif. Avant de quitter L’Egypte pour Carthage, Chateaubriand  prétendait la possession d’une intuition “historique” et la connaissance du destin. Il avait dit fièrement, en langage divin : « J’ai remis les ports de Didon à leurs places ».Il n’avait pas oublié d’envoyer un commis pour que son nom soit gravé sur les roches éternelles des Pyramides. En fait, il est impatient car « un pèlerin doit accomplir toutes les petites charges d’un voyageur dévot ». Il avait cru que la gravure de son nom sur les Pyramides faisait fleurir, comme ses écritures, son égo immortel.  

Pour finir ce texte, rien ne vaut les paroles d’Edward Saïd sur un homme de la dimension de Chateaubriand, l’opulent romantique sensible à un Orient noyé dans la barbarie. Il se sentait en extase quand il avait entendu, pour la première fois, des arabes balbutiant le français. Ç’ était un Robinson Crusoé entendant les premières voyelles de son perroquet ! Il ya des gens qui doutent de la dévotion de l’écrivain. En réalité, il a, durant soixante ans, caché  ses incertitudes religieuses, au point qu’il n’achevait plus, ni la confession ni la célébration des Pâques. Il avait dit : il fallait que je n’aie vu le jour! En confrontant Châteaubriand à Lamartine, Émile Deschanel (1819-1904) avait raison d’estimer que le premier se faisait montrer chrétien mais il était un mécréant avéré. A la fin de sa vie, le père du romantisme avait réalisé que trois choses lui étaient indispensables : un désert, une librairie et une seule amante.  

Chawki Youssef
Beyrouth le 02/02/2021 

 

د. شوقي يوسف – لبنان

2 تعليقان

  1. Maissa Boutiche

    Bonsoir Docteur Chawki,
    .heureuse de vous lire, merci pour ce récit magnifique
    Mayssoun.
    Agréable soirée.

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    • chawki Youssef

      Je n’ai qu’à vous remercier pour ces quelques mots. Je fais très peu de commentaires sur le site non pas par arrogance mais dans le but d’éviter les malentendus. En effet, j’écris et je traduis pour mon plaisir personnel. Je ne cherche aucune gloire. J’apprécie beaucoup votre sincérité poétique.
      Mon amitié.

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